Mayotte · La Réunion · Madagascar ↗ Prendre rendez-vous
Foundi Consulting
Foundi Consulting  /  Blog  /  Économie
Économie

Nouvelle stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques : trois chantiers à ouvrir à Mayotte avant 2028

Par Dhitoimaraini Foundi · 18 septembre 2026
— lectures — partages

Le 10 septembre 2026, la Commission européenne a présenté une nouvelle stratégie pour les territoires européens éloignés du continent, dont Mayotte fait partie. Elle y ajoute de premières propositions concrètes. Ces textes apportent des arguments nouveaux, mais très peu de gains immédiats. La valeur se jouera dans la capacité du territoire à produire des dossiers solides avant 2028.

Ce que l'Europe a annoncé

Mayotte est l'une des neuf régions ultrapériphériques de l'Union, avec La Réunion, la Guyane, les Antilles, les Açores, Madère et les Canaries. Ce statut permet à l'Europe d'y appliquer des règles adaptées.

La nouvelle stratégie change le regard de l'Union sur ces territoires. Ils ne sont plus seulement des régions en retard. Ils deviennent des points d'appui de l'Europe dans le monde. Mayotte, à ce titre, est la présence européenne dans le canal du Mozambique.

Deux propositions accompagnent ce texte. Elles ne s'appliqueront qu'après adoption par les États membres. Elles doivent donc être lues comme des intentions, pas comme des acquis.

Ce que cela change à Mayotte

La pêche. La règle européenne veut qu'un bateau ajouté à la flotte en remplace un autre. La Commission propose de lever cette contrainte pour Mayotte jusqu'à fin 2030, en raison des destructions causées par Chido. À cette date, l'Europe fixera définitivement le nombre de bateaux auquel le territoire aura droit. Ce qui n'aura pas été reconstruit et immatriculé d'ici là sera perdu pour longtemps.

L'agriculture. Plusieurs cultures tropicales seraient reconnues par la politique agricole européenne : manioc, igname, taro, malanga, noix de coco desséchée, gingembre, curcuma. Elles deviendraient éligibles à des aides dont elles étaient exclues. Ces aides ne se versent pas aux exploitants un par un. Elles passent par des groupements de producteurs officiellement reconnus. Sans ces groupements, l'éligibilité restera théorique.

L'octroi de mer. C'est le dispositif qui permet aux produits fabriqués à Mayotte de rester compétitifs face aux produits importés. L'Europe propose de le prolonger jusqu'en 2030 et d'y ajouter 22 nouveaux produits. Aucun ne concerne Mayotte. Tous visent la Guadeloupe, La Réunion, la Guyane et la Martinique.

Le point sur l'asile

Une des propositions concerne les demandeurs d'asile. Les territoires ultramarins français sont hors espace Schengen. La décision d'autoriser ou non l'entrée d'un demandeur pourrait y être confiée à une autorité désignée par la France, qui statuerait sur avis motivé de l'administration chargée de l'asile. Il s'agit d'une répartition différente des compétences entre administrations. Les droits attachés à la demande d'asile elle-même ne sont pas modifiés. Comme les autres, cette proposition doit encore être adoptée.

Pourquoi Mayotte doit réagir

La Commission le rappelle : Mayotte a le revenu par habitant le plus faible de l'Union, à 30 % de la moyenne européenne. Le chômage des jeunes y atteint 40,2 %. La population pourrait croître d'environ 50 % d'ici 2050. Le texte cite nommément le territoire, avec la Guyane, comme celui où l'accès à l'eau potable doit être amélioré en priorité.

Le territoire a pourtant une économie dynamique. La richesse produite a été multipliée par cinq en vingt ans. Mais son tissu d'entreprises reste composé à plus de 95 % de très petites entreprises, peu capitalisées et dépendantes de la commande publique.

Le risque est double. Les fonds européens pourraient être captés par des opérateurs extérieurs au territoire, notamment sur les chantiers de reconstruction. Ils pourraient aussi rester inutilisés, faute de projets prêts et d'ingénierie locale.

Trois priorités

1. Entrer dans la liste de l'octroi de mer. Deux fenêtres s'ouvrent : la mise à jour de la liste, et l'évaluation que la France doit remettre avant le 30 septembre 2028. Il faut recenser dès maintenant les productions locales, leurs coûts et les importations concurrentes.

2. Organiser les filières. Les nouvelles aides agricoles passent par des groupements de producteurs, qu'il faut créer ou renforcer. La flotte de pêche doit être reconstruite et immatriculée avant la fixation du plafond en 2030.

3. Préparer le budget 2028-2034. C'est là que se décideront les moyens réels. Mayotte doit obtenir un chapitre identifiable dans le futur plan français, avec des objectifs et un suivi propres. Le texte européen prévoit une obligation, pour les États, de tenir compte des contraintes de ces territoires. C'est un point d'appui à faire valoir. Il faut aussi construire un portefeuille de projets chiffrés et une cellule permanente de préparation de projets.

En résumé

La stratégie européenne ouvre une porte, mais ne la franchit pas à la place de Mayotte. Les adaptations sont accordées aux territoires qui arrivent avec des demandes précises et des données vérifiables. Les deux prochaines années doivent servir à trois choses : se compter, s'organiser et chiffrer.


Foundi Consulting, cabinet de conseil en management stratégique et ingénierie financière. 

Télécharger  une note plus détaillée en bas

Sources : Commission européenne, COM(2026) 660, 661 et 662 du 10 septembre 2026 ; Insee, CEROM, IEDOM. 

Partager cet article
LinkedIn Facebook WhatsApp E-mail

Recevez nos analyses

Une lettre mensuelle sur la gestion financière et le développement des entreprises de l'océan Indien.